VANGO, TOME 2 UN PRINCE SANS ROYAUME – TIMOTHÉE DE FOMBELLE

Toujours à la recherche du meurtrier de ses parents, Vango se rend aux Etats-Unis pour les venger. Mais le trajet ne sera pas de toute tranquillité. Assailli par des poursuivants, notre protagoniste est contraint de sauter du train en marche, poussé par un contrôleur qui n’est autre que le père Zefiro. Ensemble, ils vont mener une enquête pour retrouver Viktor, un trafiquant d’armes, et le tuer.
Cette quête éloignera toujours un peu plus Vango d’Ethel, son amour. Leur histoire survivra-t-elle à ces épisodes ?

Il y a quelques semaines, je vous livrais mon avis sur le premier tome de cette saga. Si j’avais beaucoup apprécié cette lecture que j’avais trouvée intelligente, intéressante et agréable, je n’ai pas eu le coup de cœur de certains (beaucoup de) lecteurs. Il est parfois difficile d’expliquer précisément son avis, ses ressentis et c’est la situation dans laquelle je me trouve aujourd’hui. Pourtant, tout était réuni pour faire de ce livre un grand roman : des personnages singuliers, une histoire palpitante, un éclairage sur certaines périodes de l’histoire, une écriture poétique, etc. Mais rien n’y fait je ressors de ce récit mitigée.
Bien entendu, j’ai aimé retrouver l’ensemble de ces personnages et découvrir la suite de leurs aventures a été un véritable plaisir. Vango, Ethel, Zefiro, la Taupe, Mademoiselle, etc. sous sont des personnages obstinés, passionnés, avec leurs propres histoires, leurs propres objectifs. Mais leur point commun est de graviter aux côté de Vango, de l’aider dans sa quête, les rendant essentiels à notre protagoniste. J’ai aimé leur personnalité, leur véracité, leur solitude aussi… Ils sont des personnages entiers, bien construits avec beaucoup de charisme.
Evidemment, connaître enfin le dénouement de l’histoire m’a passionnée car le premier tome nous sème sur plusieurs pistes aux quatre coins du monde. D’ailleurs, j’ai également apprécié voyager, m’évader grâce à cette lecture mais aussi grâce à cette écriture poétique et fine.
Mais voilà, ce second tome me laisse finalement perplexe… C’est un peu déçue que je quitte les aventures de Vango sans pouvoir vraiment l’expliquer… Peut-être que toutes ces histoires qui s’emmêlent dans plusieurs périodes m’ont un peu perdue et lassée. Je dois avouer que la troisième partie – que j’ai trouvé un peu plus « brouillonne » et avec quelques longueurs –  m’a un peu ennuyée, tant et si bien que j’ai eu un peu de difficultés à me concentrer sur ma lecture… Bref, je ne sais pas pourquoi, ni comment mais je n’ai toujours pas eu ce coup de cœur, cette étincelle qui fait que Vango aura été LA lecture-découverte. On ne peut nier qu’on est face à une belle série, mais pour ma part, je suis un peu passée à côté de l’oeuvre et je trouve le second tome peut-être un peu moins réussi…

Vango, tome 2 Un prince sans Royaume
Thimothée de FOMBELLE
Gallimard Jeunesse, 2011

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Un petit livre oublié sur un banc – Jim & Mig


Lors d’une pause déjeuner dans un parc, Camélia découvre un petit livre posé sur un banc public avec le message suivant : « Ce livre est pour la personne qui le trouvera. Gardez-le. J’ai pris un grand plaisir à le lire, je tiens à ce que ce plaisir ne reste pas emprisonné sur une étagère de ma bibliothèque. Il est spécialement pour vous. Signé :  un inconnu. »
Le ton est donné. Camélia dévore le livre mais se laisse aussi très vite entraînée par le message qu’il contient. Car son ancien propriétaire a entouré au feutre rouge certains mots qui finissent par former des phrases et qui deviennent une invitation à communiquer.
Camélia va mener l’enquête afin de découvrir qui est le possesseur initial de ce livre. Elle va y laisser des notes à l’intérieur ou même abandonner l’ouvrage sur des bancs publics et suivre les nouveaux acquéreurs afin d’en savoir plus.
De quiproquos en péripéties, notre protagoniste va très vite se prendre à ce jeu de piste…

Voilà une bande dessinée on ne peut plus actuelle puisqu’elle fait l’éloge du cossbooking ce phénomène qui consiste à faire vivre ses livre au-delà de sa propre bibliothèque. Pour ma part, je n’ai encore jamais eu l’occasion de participer à ce genre de proposition, néanmoins, cet album pousse le lecteur à s’y pencher vivement.
Les amoureux du livre ne pourront pas être insensibles à cette BD qui rend hommage aux lecteurs, aux histoires qui nous transportent et nous font changer de vie l’espace d’un moment. Car en lisant ce livre, Camélia espère bien rencontrer quelqu’un et qui sait, avoir une vie un peu plus palpitante.
Si je n’ai pas forcément adhéré aux dessins, j’ai particulièrement apprécié le scénario. Le ton est frais, les situations plutôt réalistes. Ouvrage sentimental, plein de suspens et de rebondissements, j’ai particulièrement aimé suivre les péripéties de notre héroïne, qui, parce qu’elle s’ennuie un peu dans sa propre vie, se laisse entraîner dans cette histoire et cherche à faire une nouvelle rencontre.


La fin est peu décevante car on ne connaîtra pas le mystérieux inconnu… Il ne me reste donc plus qu’à me plonger dans le second tome pour découvrir la suite des aventures de Camélia.

Chez Un amour de BD

Un petit livre oublié sur un banc, 
JIM & MIG
Grand Angle, 2014

Ma révérence – Lupano & Rodguen

Pour reprendre sa vie en main, Vincent a décidé de commettre l’irréparable avec son ami Gaby : braquer un fourgon blindé en prenant pour otage le fils du convoyeur de fonds. Néanmoins, il n’est pas question de garder tout l’argent empoché pour eux : Vincent veut dédommager ses victimes même si cette idée ne plaît guère à son compère. Il n’est pas question non plus de violence, de flingues ou de coups. Il veut commettre un acte pacifiste.
La raison de ce braquage ? Une histoire d’amour, bien sûr ! Lors d’un voyage en Afrique, Vincent a rencontré Rana dont il est tombé fou amoureux mais il l’a néanmoins abandonnée lorsqu’il a appris qu’elle était enceinte.
Quant à Gaby, il accuse tous les défauts du monde : alcoolique, raciste, homophobe. Mais sous cette grosse carapace, Vincent a su déceler une petite étincelle, un petit je-ne-sait-quoi qui fait que Gaby est devenu son ami.
Mais comment cette équipe de bras cassés va pouvoir mener à bien leur action ?

Sous ses airs de polar, Ma révérence tire plutôt sur une satire sociale qui cherche à nous faire comprendre comment deux êtres paumés peuvent tomber avec une facilité extrême dans la délinquance. Ils sont tous les deux des laissés pour compte, ont des difficultés d’accès à l’emploi et ne voient ainsi pas d’autres perspectives pour s’enrichir rapidement et changer de vie que de braquer un fourgon. En (un peu moins) de 130 pages, c’est ainsi les travers de la société qui sont dénoncés avec une certaine ironie et un brin d’humour. Un langage franc et direct, une ambition un peu bancale, le lecteur ne peut que s’amuser et rire de ces deux hommes avec leur plan foireux.
Avec un scénario décousu, le lecteur comprend, grâce aux multiples flash-backs, les raisons de ce braquage et cette envie de tout envoyer en l’air. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé cette narration qui, malgré ce choix, reste très claire et facile à suivre. Elle permet aussi de mieux appréhender les personnages, de connaître leur passé, ce qui les rend d’autant plus attachants. Car, la force de cette BD réside essentiellement dans ses protagonistes avec leurs immenses défauts mais qui le rendent aussi très, très humains…
Pas un coup de cœur, mais pas loin… Ma révérence est néanmoins une BD à mettre entre toutes les mains !

Chez Noukette

Ma révérence,
LUPANO & RODGUEN
Delcourt, 2013

Muchachas, Tome 1 – Katherine Pancol

Lorsque je suis partie fêter le nouvel an à Strasbourg, ma copine Camo m’a conseillé cette série. Au début réticente (j’avais peur que ce soit une redite de la série précédente et du coup, je ne voulais absolument pas la lire), j’ai finalement franchi le pas… Le résultat est agréable et fonctionne, comme d’habitude !

Ce livre peut être vu comme une suite à la série précédente (Les yeux jaunes des crocodiles, La valse lente des tortues et Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi) à laquelle on ajoute de nouveaux personnages.
Si je m’étais régalée en lisant cette série il y a quelques années, c’est non sans une certaine joie mais aussi une certaine appréhension que j’ai retrouvé ces personnages.
Hortense Cortès cherche à tout prix à percer dans le milieu de la mode. Joséphine ne comprend toujours pas comment Philippe peut l’aimer, elle qui se trouve si moche et si insignifiante. Junior continue de nous épater avec son intelligence hors du commun. Et Zoé nous plonge dans sa première histoire d’amour.
Mais si ceux-ci apparaissent au début du roman, ce ne seront plus les héros… Katherine Pancol nous entraîne en effet dans une aventure bien plus sombre que la précédente et nous fait rencontrer Stella Valenti, cette femme au destin extraordinaire. Ayant subi les violences de son père, on apprend au fil des pages comment celle-ci a pu sortir la tête de l’eau pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui : une femme forte qui sait se faire respecter de tous et qui, sous son énorme carapace, cache un cœur immense…
De souvenirs en souvenirs, Katherine Pancol nous dresse le portrait de femmes qui aiment et qui s’en sortent.

La façon dont est tournée le livre m’a laissée un peu perplexe et m’a un peu désorientée. Au début de l’ouvrage, l’auteur revient sur les personnages de l’ancienne série et nous ramène dans leur vie actuelle et passée. Ce commencement accuse quelques lenteurs car rien n’est réellement palpitant même s’il est agréable de retrouver ces personnages que j’ai tant aimés. Néanmoins, tout est très vite abandonné et l’histoire ne se concentre plus que sur Stella Valenti.
Le lien entre la famille Cortès et la famille Valenti est difficile et long à se faire deviner. Il faudra attendre la fin du premier tome pour comprendre enfin ce choix.
En m’accrochant un peu au début, j’ai finalement pris beaucoup de plaisir à lire ce récit.

Si l’auteur nous entraînait précédemment dans de belles villes telles que Londres ou Paris, nous nous retrouvons cette fois-ci en rase campagne dans une atmosphère complètement différente et bien plus pesante. L’histoire se veut plus engagée, plus militante. L’écrivain explique d’ailleurs à la fin de son roman comment lui est venue cette idée de parler des femmes battues ce que j’ai trouvé d’autant plus intéressant. Néanmoins, on ne peut pas dire que l’on se retrouve dans une ambiance complètement anxiogène et plombante. Non, Katherine Pancol ajoute plutôt quelques paillettes dans l’histoire et cherche à nous montrer une fin optimiste, ce qui n’est pas pour me déplaire.

L’auteur arrive ainsi à créer une formule magique qui fonctionne. En croisant le destin de ces femmes, on s’accroche très vite à elles et on en vient à tourner allègrement les pages sans être, pour autant, face à une écriture envoûtante.
Stella Valenti avec son passé et ses péripéties ne peut devenir qu’une héroïne que l’on admire de par sa force et son courage. Je dois dire qu’elle m’a même parfois beaucoup émue. On croit à son récit et on a envie qu’elle s’en sorte, qu’elle aille enfin mater son père, Ray Valenti.
Quant à son petit garçon, Tom, il permet lui aussi de sortir la tête de l’eau grâce à son courage, sa bienveillance et sa naïveté.

Bref : un roman qui s’avère en fin de compte bien ficelé et agréable à lire qui nous permet de nous plonger dans le destin de femmes qui se battent… J’ai hâte de découvrir la suite qui, à mon avis, sera haute en couleurs !

Muchachas, Tome 1
Katherine Pancol
Albin Michel, 2014

partir à la découverte de Flow

IMG_42875Devenue complètement accro à ce magazine, il me paraissait important de vous parler de Flow, ce bimestriel hybride qui ne ressemble à aucun autre.

Né il y a cinq ans en Hollande, Flow a été élu meilleur magazine de l’année en 2014 et a progressivement été traduit à l’international. Le concept ? « Un magazine avec plein de découvertes et suggestions qui ne fasse pas la leçon et ne donne pas mauvaise conscience… » (source : http://www.flowmagazine.fr/?p=15). Finit donc les nécessités de régime, les pseudo-conseils des magazines féminins sur l’amour et la famille. Flow cherche plutôt à nous transmettre de nouveaux horizons, à nous montrer comment affirmer notre créativité, à nous faire positiver en toutes situations… Bref, ce magazine fait du bien. Vraiment de bien.

Flow est un OVNI pour sa présentation et pour les thèmes abordés. Je m’explique.
La présentation est soignée, chaque page est visuellement belle et agréable à regarder. Les couleurs sont vivres, harmonieuses, lumineuses et attirent l’œil. Quatre types de papiers correspondant à quatre catégories (« Belles rencontres », « Esprit Libre », « Petits plaisirs », « Douceur de vivre ») prennent place dans le magazine le rendant ainsi d’autant plus agréable à lire. Le petit plus : à chaque sortie, deux surprises (posters, cartes postales, autocollants, guirlande de papier, etc.) sont insérées entre les pages. En ce sens, il devient le magazine qu’on possède mais qu’on ne jetterait pour rien au monde.
Les thèmes, quant à eux m’ont plu car ils permettent de voir la vie du bon côté, de découvrir de nouvelles choses. Même si des thèmes assez traditionnels sont abordés (cuisine, DIY, shopping, etc.) on découvre aussi des thèmes plus philosophiques ou psychologiques. Par exemple, dans le second numéro, un article proposait de réfléchir sur le monde d’aujourd’hui. Si on a souvent l’impression que tout était mieux avant, on nous montre que la société dans laquelle on vit aujourd’hui est bien plus calme, plus paisible qu’auparavant. Le tout est présenté sous l’œil d’un chercheur rendant les articles d’autant plus intéressants et complet. Autre exemple, un article sur la vulnérabilité nous aider à mieux appréhender nos coup de blues et nos échecs.

Bref, Flow est un magazine riche, complet qui sait se démarquer de ses concurrents et qui amène un peu de douceur dans notre quotidien.

Nos enfants ont-ils droit aux arts et à la culture ? Manifeste pour une politique de l’éducation artistique et culturelle – Jean Gabriel Carasso

Aujourd’hui, ce n’est pas moi, mais mon amie « dans la vraie vie » Laure et aussi blogueuse voyageuse (n’hésitez pas à aller suivre ses tribulations et son projet tour du monde par ici) qui va vous parler d’un ouvrage qu’elle a beaucoup aimé.
Laure et moi sommes dans la même classe, en Master 2 publics de la culture et communication à Avignon. Toutes les deux, nous sommes particulièrement captivées par l’éducation populaire, par la culture par tous et pour tous, et ce, même si nos domaines diffèrent un peu (le théâtre pour Laure, le livre pour moi).
« Il me donne envie de pleurer tellement il traduit en mot tout ce que je ressens à propos des arts et de l’éducation ! » Forcément, quand on vous parle d’un ouvrage de cette manière, on a envie qu’il soit transmis, on a envie d’en parler. C’est comme ça qu’est née cette collaboration qui me ravie ! Il n’est d’ailleurs pas impossible que j’aille moi aussi m’incruster chez elle pour parler du Maroc, ce pays qui m’a émerveillée…

Cet article pourrait apparaître un peu comme un OVNI car il ne parle ni de roman, ni de BD mais plutôt d’un essai. Mon but n’est pas de vous faire fuir en vous bassinant de concepts théoriques fumants que personne n’a envie de comprendre. Non, si j’ai eu envie de m’incruster dans les Tribulations de Marion et d’écrire sur cet ouvrage, c’est tout simplement parce que pour une fois, c’est un essai qui fait du bien. Qui fait du bien au moral, qui redonne espoir et qui pousse chaque personne qui le lit (et qui s’intéresse un minimum au sujet) à avoir envie de repousser ses limites pour vivre dans un monde plus juste et plus tolérant.

Jean Gabriel Carasso, auteur, metteur en scène et comédien, publie en 2005 ce manifeste qui, 10 ans après, aux vues de la situation de l’éducation et de la culture en France, résonne à point nommé. L’enjeu ici est de réveiller les consciences sur ce qu’est l’éducation des enfants aujourd’hui et sur ce que les arts et la culture peuvent leur apporter de plus. Engagé, militant, arguments pertinents, l’auteur se livre au jeu de la critique et de la proposition. Il n’hésite pas à mettre le doigt sur ce qu’il considère ne pas aller dans le monde éducatif d’aujourd’hui et pose les bases d’un système dans lequel le « jeu » ne serait plus un gros mot et où la dynamique de projet et d’échange serait essentielle.

L’école aujourd’hui rime avec travail et rigueur quand elle devrait laisser la place d’honneur à la créativité, à l’épanouissement personnel et à la réflexion. Comment former des futurs citoyens à la tolérance, au respect et à la solidarité quand dès le plus jeune âge on les pousse à la compétition, on leur apprend la réussite individuelle et qu’on les « sensibilise » à l’art à travers des enseignements de musique et d’arts plastiques qui ont tout pour être perçus comme inutiles ? L’enfant est par essence un être créatif. Sans arrêt il test, il joue, il tente, il découvre et ses découvertes ne s’arrête pas dès l’entrée à l’école. Ce manifeste pour l’éducation artistique et culturelle vient donner les points fondamentaux d’une éducation pensée pour les enfants, et qui leur permettra de s’ouvrir au monde qui les entoure de la façon la plus naturelle possible.

Avec cet ouvrage, Jean Gabriel Carasso prêche clairement une convaincue. Déçue du système scolaire français je suis persuadée qu’une autre éducation (et par conséquent une autre citoyenneté) est possible si l’on s’en donne les moyens. En lisant chaque ligne de cet ouvrage, petit à petit les faiblesses du système français se font percevoir et sont explicités de façon claire, nette et précise. Après chaque chapitre on comprend et on a qu’une seule envie, lire la suite pour avoir la force de penser qu’autre chose est possible. Le ton incisif du militant rend la lecture ultra dynamique, exit les phrases pompeuses, exit les tournures alambiquées et les sentences de huit lignes. Pas besoin d’être chercheur pour lire ce livre, simplement besoin de s’intéresser (de près ou de loin !) aux questions d’éducation, de société, d’être touché par la jeunesse et de croire en elle.

« J’enrage des moyens dérisoires consacrés, en France, aux politiques de l’art et de la culture. J’enrage du peu de temps et d’espace disponibles dans les horaires d’éducation, pour les aventures artistiques. J’enrage qu’après cinquante années d’effort, les politiques culturelles demeurent si peu conscientes de l’importance des enjeux éducatifs. J’enrage de la myopie institutionnelle, de la surdité politique, de la futilité des médias, des corporatismes stérilisants qui empêchent toute avancée véritable d’une politique pourtant indispensable. »

Nos enfants ont-ils droit aux arts et à la culture ?
Jean Gabriel CARASSO
Editions de L’attribut, 2005

Le muret – Fraipont & Bailly


La mère de Rosie décide de quitter le cocon familial pour rejoindre son nouvel amour à Dubaï. Rosie, treize ans, se retrouve seule avec son père qui l’élève comme il peut. Mais celui-ci, souvent absent à cause de son travail, laisse une jeune fille désemparée et perdue. Même sa meilleure amie Nath finit par lui tourner le dos, préférant passer du temps avec son nouvel amoureux. Rongée par un quotidien morne, vide dans lequel elle a souvent peur, Rosie sombre peu à peu… Elle finit néanmoins par faire la rencontre de Jo, un jeune homme marginal tout aussi perdu qu’elle…

Quelle claque cette BD !

Sans pathos, on assiste à l’apprentissage de cette jeune fille qui se retrouve seule. Cette solitude la pousse à modifier son comportement ; de petite fille modèle, elle passe à l’adolescente révoltée. Sans personne pour l’aider à s’en sortir, on assiste impuissants aux déboires de l’héroïne qui semble bien avoir du mal à trouver sa place dans cette nouvelle vie.
Alcool et drogues prennent peu à peu place dans son quotidien. Et même si elle est consciente de ne pas faire les bonnes choses, elle sait également que ces substances lui permettent d’oublier sa triste existence et de dépasser ses limites.
En ce sens, l’album illustre parfaitement l’adolescence et ses dérives, cette période où l’on grandit, apprend et où les déceptions sont souvent bien trop nombreuses.

Le dessin sombre illustre parfaitement ce monde morne dans lequel évolue notre jeune protagoniste. Sans fioritures, le trait de Bailly reste sobre et épuré. Au milieu des planches, sont insérées des pages noires qui permettent de respirer dans cette lecture parfois anxiogène. Car, progressivement, on s’attache à la jeune fille, on a envie qu’elle s’en sorte, qu’elle reprenne sa vie normale. Mais on comprend également à quel point il est facile de sombrer, « de passer de l’autre côté du muret ».


La fin est noire mais porteuse d’espoir… Un point très positif qui permet de finir sur une note d’optimisme !

Aujourd’hui chez Stephie

Le Muret
BAILLY & FRAIPONT
Casterman écritures, 2013