Réparer les vivants – Maylis de Kerangal

Simon, 19 ans, est passionné de surf. Ce matin-là, avec ses deux meilleurs amis, il décide de se lever tôt et d’aller dompter les vagues. En sortant de l’eau, les dents claquent, les lèvres sont bleues, le chauffage est au maximum pour se réchauffer, mais le plaisir était bel et bien là.
Mais ce matin sera le dernier. Sur le chemin du retour, le van dérape et s’abat contre un poteau. La nuit, le brouillard, la fatigue auront eu raison des trois amis. Si ses deux amis s’en sortent plutôt bien, Simon, le seul à ne pas être attaché, est projeté contre le pare-brise. L’accident est irréversible, le jeune homme souffre d’un traumatisme crânien important. Déclaré en état de mort cérébrale, seul son cœur bat encore. S’en suit alors une longue réflexion sur la mort ; comment survit-on après le décès de l’un de nos proches et plus particulièrement de son enfant ? Comment accepter de faire don des organes de son enfant à une tierce personne ?
« Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. »

Au début, je dois bien l’avouer, je n’étais pas vraiment attirée par ce titre… La médecine, ce n’est pas du tout mon domaine et j’appréhendais d’être larguée. Mais mon avis a progressivement changé, jusqu’à avoir une réelle envie de lire ce roman. Chose faite (merci Sarah d’avoir pensé à moi), je ne regrette absolument pas d’avoir pu lire quelque chose de différent et d’aussi beau.
L’écriture de Maylis de Kerangal s’apprivoise petit à petit. On entre surpris par ces phrases longues, cette absence de points. On lit le texte en apnée cherchant un endroit où respirer sans que ce soit désagréable, au contraire. Cette écriture rapide fait parfaitement écho à la situation d’urgence dans laquelle la transplantation doit s’effectuer. Malgré tout, l’écriture de l’auteure reste  fluide, poétique quoiqu’un peu dure et implacable. Elle ne nous ménage pas ; elle expose la réalité telle qu’elle est : brutale et difficile.
Le thème du roman fait qu’on s’attache immédiatement aux personnages, à cette mère impuissante, à ce père perdu, à cette petite amie que l’on imaginera hantée et à cette petite sœur qui ne doit pas vraiment comprendre l’ampleur de la situation… Outre cette famille, il y a aussi cette femme qui s’apprête à recevoir un nouveau cœur mais qui réalise aussi que si une guérison est envisageable, c’est parce que quelqu’un vient de mourir.
A travers cette transplantation cardiaque, c’est une foule de questions qui s’impose au lecteur et notamment celle du don d’organe. Comment en parler, quand en parler, pourquoi en parler, à qui en parler, quelles démarches effectuer ? Pour ma part, je ne m’étais jamais posé ce type de questions et je dois bien l’avouer, aujourd’hui, je me questionne beaucoup, je prends conscience de l’importance de la chose.
Réparer les vivants – bien qu’il soit un roman dur – est une histoire magnifique qui nous amène à nous poser les bonnes questions.

« Que deviendra l’amour de Juliette une fois que le cœur de Simon recommencera à battre dans un corps inconnu, que deviendra tout ce qui emplissait ce cœur, ses affects lentement déposés en strates depuis le premier jour ou inoculé ça et là dans un élan d’enthousiasme ou un accès de colère, ses amitiés et ses aversions, ses rancunes, sa véhémence, ses inclinations graves et tendres ?

Que deviendront les salves électriques qui creusaient si fort son cœur quand s’avançait la vague ? »

Réparer les vivants,
Maylis de KERANGAL
Folio, 2015

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18 réflexions sur “Réparer les vivants – Maylis de Kerangal

  1. On en a tellement parlé sur les blogs que je l’avais complètement ignoré (ainsi que pour le sujet, je dois bien l’avouer).

    Et j’ai senti il y a peu, le bon moment pour le découvrir à mon tour. Je viens juste de le commencer. A la première page, je me suis dit « Oh là, il n’y a aucun temps d’arrêt » (moi qui n’aime pas les longues phrases) et puis j’ai été happée. Une écriture particulière mais qui capte très vite l’attention du lecteur. Affaire à suivre 😉

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    • Je me reconnais dans ce commentaire ! Un sujet qui me rebutait un peu, une écriture qui m’a refroidie (au début) et finalement, un vrai coup de cœur ! Je ne regrette absolument pas de m’être lancée dans cette lecture !

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