Du domaine des murmures – Carole Martinez

1187. Promise à un homme, Esclaramonde, le jour de ses noces, décide d’un tout autre destin : elle se refuse et fait le choix de s’offrir à Dieu. Elle choisit alors de s’emmurer et de plus jamais sortir de sa geôle. Son quotidien sera alors fait de prières et de méditation.
Mais son destin n’est pas encore complètement tracé. Quelques jours avant de s’enfermer à jamais, elle part se balader en forêt, profiter de ses derniers instants de liberté. Elle fait alors la rencontre d’un homme saoule qui la viole avant de s’enfuir.
Quelques mois plus tard, elle n’a d’autre choix d’accepter la réalité ; elle est enceinte et sur le point d’accoucher. Il faudra alors justifier la présence de l’enfant dans sa prison… Dire la vérité serait une insulte à sa famille, mais aussi à son choix de vie. Elle choisit alors de faire croire à un miracle.
Sa vie qui devait être solitaire sera en réalité toute autre : elle deviendra une mère, une conseillère, une confidente, une sainte à consulter.

Très franchement, ce n’est pas du tout le genre de livre qui m’attire en temps normal : l’époque, l’histoire auraient pu être rédhibitoire, et pourtant… Si j’ai eu envie de franchir le pas, c’est d’une part pour le succès de ce roman largement récompensé (le Prix Goncourt des lycéens en 2011, le prix des lecteurs de Corse, le prix des Écrivains du Sud, etc.) mais également pour les avis rencontrés ici ou là…
Lors des premières pages, je n’étais pas emballée : l’écriture et l’histoire ne me plaisaient que très moyennement. J’ai clairement eu envie d’abandonner et d’y revenir plus tard… Mais j’ai persévéré et BINGO ! Au fil des pages, j’ai fini par apprécier ce qui, au départ, me rebutait.
A commencer par l’histoire, très originale. Malgré quelques longueurs, j’ai fini par me prendre au jeu. L’intrigue nous permet d’en apprendre beaucoup et d’approfondir certaines connaissances sur les conditions de vie, les mœurs de l’époque : la place de la religion, les croisades, les mariages arrangés et j’en passe. J’ai également apprécié de constater que les femmes ont en fait plus de place que je le pensais. Avec la protagoniste, on constate que celle-ci devient, malgré son enfermement, celle qui tient les rênes, qui dirige de loin la survie du château, accompagnée de sa belle-mère Douce.
Quant à l’écriture, je l’ai trouvée finalement en parfaite adéquation. En empruntant des mots d’époque, le lecteur se retrouve finalement très vite ancré dans une époque. J’ai vraiment apprécié cette plume soutenue, pleine de détails et de finesse.

Alors voilà, même si Du domaine des murmures partait avec beaucoup d’éléments qui auraient pu me déplaire, j’ai finalement été captivée voire conquise par cette lecture (des fois, il est bon d’aller voir un peu au-delà de nos goûts). Je me laisserais certainement tentée par Le cœur cousu prochainement.

Du domaine des murmures, 
Carole Martinez, 
Folio, 2013

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Les vieux fourneaux, Tome 3 Celui qui part – Lupano & Cauuet

Pour retrouver la pêche, rien de tel qu’une lecture des Vieux Fourneaux ! Il faut dire que les deux premiers tomes m’avaient enchantée (je ne les ai malheureusement jamais chroniqués). Cauuet et Lupano nous plonge à nouveaux dans le passé (et le présent !) de trois vieux messieurs plutôt originaux.

Ce nouvel opus s’ouvre sur une soirée mouvementée, aux conditions climatiques plus que difficiles. La pluie s’abat de manière impressionnante sur la vieille maison qu’habitent Antoine, Mimile, Sophie ainsi que la petite Juliette et prend l’eau. Alors que nos deux compères s’occupent des fuites comme ils peuvent, la voisine, Berthe, appelle Sophie à la rescousse car ses brebis sont en train de se noyer. Elle ne s’attend pas à tomber sur Antoine, qui en profite pour faire remonter à la surface de vieilles querelles, de vieilles histoires Que s’est-il passé entre Berthe et les gens du village pour que celle-ci soit tant détestée ?
Pendant ce temps, Pierrot poursuit ses actions militantes. Déguisé en abeille, il proteste comme les pesticides qui tuent des milliers d’abeilles et finit… au poste de police !
Enfin, qui est ce vieil australien nommé Errol qui a débarqué au village et qui semble désespérément chercher « le Biouche » ? Tout au long de l’ouvrage, en nous présentant un petit moment de vie, Lupano et Cauuet vont tenter d’éclairer les lecteurs sur le passé et le présent de nos trois protagonistes.

Une fois la série commencée, il est clairement impossible de passer à côté d’un nouvel opus. Il faut dire que les trois hommes sont si attachants que ce n’est pas le genre de personnage que l’on abandonne en cours de chemin. Et puis, ils sont drôles, sympathiques, butés. Bref, ils ont tout pour me plaire !
Si les deux premiers tomes m’avaient fait mourir de rire, je dois bien avouer que celui-ci m’a moins bidonnée. Pour autant, je ne suis pas déçue par ce tome trois, bien au contraire. Ici, on découvre le passé de Mimile, personnage qui m’avait semblé plus en retrait jusqu’alors. Au fil de l’histoire, on apprend à le connaître, à lui faire une place dans cette série et à l’apprécier autant que ses camarades. Autre personnage qui prend de plus en plus de place, c’est celui de Sophie. Au fil des tomes, celle-ci montre son tempérament bien trempé, ce qui n’est pas pour me déplaire.
Ce qui m’enthousiasme particulièrement dans cette série, c’est le fait de me plonger dans une époque et de découvrir une lutte, des hommes militants et activistes. D’accord ou pas d’accord avec celles-ci, je trouve néanmoins intéressant d’avoir un point de vue sur les conditions et les problématiques du passé. D’ailleurs, on ne parle pas que de passé ! On voit que les combats sont aussi présents, même s’ils sont différents.
Côté dessin, j’ai apprécié de retrouver ces planches colorées, festives et détaillées qui collent à merveille aux propos de l’ouvrage. Lorsqu’on fait un bond dans le passé, on retrouve des couleurs délavées, dans des tons de sépia qui sont un excellent moyen de situer la lecture dans un espace temporel.

Bref, encore une lecture délicieuse, touchante et drôle qui mérite d’être découverte !

Les avis de Un amour de BD, Noukette, Violette, Jérôme, Mo.

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Chez Yaneck

rentréelogo2015
Challenge 1% Rentrée littéraire chez Hérisson
9/6

Les vieux fourneaux, Tome 3 celui qui part, 
Lupano & Cauuet, 
Dargaud, 2015

Profession du père – Sorj Chalandon

A travers cet ouvrage, Emile Choulan, treize ans, raconte son enfance tourmentée par un père violent et mythomane et par une mère impuissante.
A chaque rentrée scolaire notre protagoniste doit remplir la fameuse case « profession du père ». Et malgré l’apparente facilité de la question, celle-ci reste souvent vide. Le problème, c’est que son père a, pour ainsi dire, tout fait ; à la fois footballeur, judoka, chanteur, prêtre, parachutiste, conseiller du Général De Gaulle, et j’en passe. Celui-ci a exercé tant de professions dans sa vie que notre protagoniste ne sait plus vraiment ce qu’il est. Jusqu’au jour où celui-ci finit par lâcher : « tu n’as qu’à dire que je suis agent secret ». Pour Emile, tout s’explique : il comprend alors pourquoi personne ne peut pénétrer dans leur maison, pourquoi tant de secret autour de sa profession. Ce jour-là, basé sous le signe des confidences, il apprend également que son parrain n’est autre que Ted, un soldat américain, pour qui le petit vouera une admiration sans fin et ce, même s’il ne l’a jamais rencontré. Ted prend en charge l’éducation d’Emile, élève médiocre via lettres interposées. Il ordonne à son père de le battre pour ses mauvaises notes et de le féliciter pour ses bonnes actions.
La vie d’Emile se déroule ainsi, entre mensonges et violence. Jusqu’au jour où son père lui demande de tuer De Gaulle qui l’a trahi. S’il est en premier lieu effrayé par la grandeur de la tâche, il fera tout pour rendre Ted et son père fiers de lui.

La première chose que l’on peut dire de ce roman, c’est qu’il nous questionne sur un nombre incalculable de points, d’autant plus lorsqu’on apprend que tout ceci a constitué l’enfance de l’auteur. En ce sens, il est parfois difficile d’apporter de réels jugements à Profession du père. De quel droit, nous lecteurs, avons-nous le droit de dire ce qui est juste et ce qui ne l’est pas ? Néanmoins, une chose est certaine : Sorj Chalandon ne nous ménage pas. Ainsi, on comprend en quoi ce roman a pu être nécessaire pour tourner la page. Entre excès de violence et mensonges à foison, on comprend très rapidement que l’enfance d’Emile Choulan a été loin d’être tranquille. Mère et fils ont-ils vraiment cru aux anecdotes farfelues du père ? Comment se fait-il qu’il n’est pas été diagnostiqué plus tôt ? Comment se fait-il que le médecin de famille aie cru aux histoires racontées ? Ce sont certainement ces questions qui revenaient comme un leitmotiv qui m’ont permis de tant apprécier l’œuvre. Car, je dois bien l’avouer, à la lecture des premières pages, je me suis un peu ennuyée. Les multiples mensonges du père m’ont parfois donné l’impression de tourner en rond, tout me semblait si fouillis. Et puis, progressivement, je me suis apprivoisé le roman, j’ai mis de l’ordre dans ma lecture pour finalement reconnaître des qualités certaines à l’ouvrage.
On s’attache sans difficulté à notre protagoniste qu’on souhaiterait aider tant sa détresse est importante. Violenté, manipulé par son père, souffrant parfois du manque d’amour, il devient lui-même un manipulateur, capable d’entraîner ses camarades de classe dans des histoires invraisemblables. Malgré tout, il reste un enfant qu’on a envie de prendre sous son aile, de lui faire prendre conscience de la situation. Quant à sa mère, on la sent à la fois totalement impuissante et soumise face à cet homme tyrannique. Durant tout l’ouvrage, elle exprime à sa manière son amour à son fils, malgré la peur qui semble la tenailler. Bref, j’ai été totalement bouleversée par ces deux personnages centraux qui n’ont pas été épargnés.
Si quelques passages m’ont choquée par leur violence psychologique et physique, j’ai néanmoins apprécié cette écriture fluide et simple. L’auteur va droit au but et exprime ses idées sans fioritures et sans excès.
Un bel ouvrage à découvrir !

L’avis de Violette

Une interview de Sorj Chalandon à propos de Profession du père.

rentréelogo2015
Challenge 1% Rentrée littéraire chez Hérisson
8/6

Profession du père, 
Sorj Chalandon, 
Grasset, 2015