La brigade du rire – Gérard Mordillat

Vous ne rêvez pas ! J’ai bien publié un nouvel article (Wow !). Après une période de off, Les Tribulations de Marion reprennent (je l’espère) un peu de service ! Et puis, il fallait vraiment que je vous parle de ce livre intelligent, brillant !

Kol, Dylan, l’Enfant-Loup, Rousseau, Hurel et Isaac se sont connus enfants. Ils ont partagé les matchs de handball, les premiers émois, les grandes discussions et débats politiques, etc.
En grandissant, chacun a pris un chemin différent, ils ont fini par se perdre de vue mais ne se sont pas oubliés pour autant.

Après plusieurs années, ils fêtent leurs retrouvailles autour de plusieurs verres, discutent du monde et affirment leur colère : chacun a subi un licenciement, une souffrance ou une indignation lié au travail.
La discussion tourne alors autour de Pierre Ramut, journaliste chez Valeurs Françaises et écrivain d’un essai La France debout dans lesquels il a notamment développé l’idée d’une semaine de travail à 48h, d’un salaire inférieur de 20% au SMIC actuel, d’une productivité maximum, de l’instauration du travail le dimanche, etc.
Pour diverses raisons, ils décident de le kidnapper et de le forcer à travailler selon ce qu’il a prescrit.
Ramut prendra-t-il conscience des absurdités qu’il écrit ?

Depuis mon installation à Paris, je participe mensuellement à un « club de lecture ». C’est l’occasion pour moi de découvrir de nouveaux ouvrages et de bouleverser un peu mes habitudes de lectrice. La Brigade du rire a fait partie de notre sélection d’octobre et je ne suis pas prête d’oublier ce livre et son auteur.

Lutte des classes, injustice sociale, chômage, grèves, destruction des emplois, etc. Voici les thèmes que Gérard Mordillat aborde dans cet ouvrage de 500 pages on ne peut plus encré dans la réalité. Il m’est parfois arrivé de bondir en lisant un papier dans la presse, de me demander si le journaliste ou le/la politique en question avait réellement conscience de ce qu’il/elle était en train de dire. Ici, j’ai eu l’impression de lire un énième fait divers présent dans n’importe quel journal aujourd’hui.

Une chose a changé : avant on avait un métier, après on a eu un travail puis un emploi et maintenant on a un job quand c’est pas un stage. C’est à dire une misère. Alors tous les jours je me demande ce que les salariés ont dans le crâne à protéger cette misère comme un trésor. Ou plutôt : qu’est-ce qu’ils n’ont pas ou plus dans la tête ?

Le livre traîne parfois en longueur, mais ce n’est que pour mieux appréhender et connaître les différents protagonistes du roman. Au fil des pages, on comprend ce qui les a poussés à franchir le pas et à adhérer ce kidnapping. Tous sont criants d’authenticité, tous sont marqués par une histoire, une souffrance personnelle. Mais surtout, tous sont à bout, révoltés et en colère contre cette société. Et pourtant, les professions qu’ils exercent sont toutes différentes : professeur, garagiste, journaliste, réalisateur, etc. Est-ce ici le symbole d’une société malade ?
Et puis, face à eux, il y a Ramut. Tout aussi malheureux, mais vivant dans l’opulence, fréquentant les grands hôtels, habitué aux cocktails et autres mondanités, habitant dans grand et bel appartement. Si ses débuts au sein de cette usine improvisée sont difficiles, on assiste à un changement psychologique radical : Ramut accepte progressivement ce qu’on lui demande, se révolte même de sa paie ridicule en fin de mois et des cochonneries qu’il est contraint de manger avec sa maigre solde.

Avec une écriture fluide, simple, mais engagée Gérard Mordillat nous transmet de grandes idées qui font méditer. À découvrir, vraiment !

Une fois encore, je veux l’affirmer avec force, la France a besoin d’une insurrection des idées, une révolution des consciences, d’une nouvelle nuit du 4 août, pour qu’à nouveau soient abolis les privilèges qui offensent la justice et l’égalité ; pour que plus personne, jamais, n’ait à tendre la main, à s’humilier, à supplier, à réclamer la charité pour exister. Vous me direz que je rêve, que ce n’est que folie, déraison mais, tant pis pour moi ou tant mieux, je crois à la puissance du rêve capable, jusqu’à la déraison, de transformer le monde.

La brigade du rire,
Gérard Mordillat,
Le livre de poche, 2015

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4 réflexions sur “La brigade du rire – Gérard Mordillat

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