Pas assez pour faire une femme – Jeanne Benameur

Nous sommes dans les années 70. Judith a 17 ans. Le bac en poche, elle quitte le domicile familial et retrouve sa liberté dans une petite chambre d’étudiante à Paris. Etudiante en lettres, elle tombe amoureuse d’Alain, un militant. Elle n’a pas été élevée dans un milieu politisé, mais très vite, elle se met à avoir des envies de liberté, de changement, de révolte.
Avec Alain, elle apprivoise également son corps, celui de l’autre. Elle apprend à s’accepter enfin. Elle grandit, devient une femme.
Elle prend de la distance avec son environnement familial difficile : un père tyrannique, une mère soumise et une sœur qui ne sait plus très bien où se placer.
Sa rencontre avec Alain bouleversera le cours de sa vie ; elle prendra de l’assurance, osera aller à l’encontre de son père.

Pour commencer cette nouvelle année, j’ai eu envie de m’envelopper dans les mots doux et délicats de Jeanne Benameur. Il y a des livres que vous lisez au bon moment. Dans ces moments-là, on le sait, on le sent. Celui-ci en fait partie.
Pas assez pour faire une femme m’a complètement bouleversée. D’une part, parce que j’ai beaucoup aimé cette histoire de combat et d’émancipation politique. Mais aussi ce combat féminin, voire féministe. En tournant les pages, je me suis parfois reconnue, j’ai parfois eu l’impression de revivre quelques bribes de ma vie lorsque j’étais à la fac. Parce que l’université, les rencontres qu’on y fait nous transforment, nous font grandir. Et puis, je crois que secrètement, j’ai envié Judith pour ce tournant dans sa vie, pour sa prise de position politique mais aussi pour son courage, son affirmation.
J’ai aimé suivre son chemin et son évolution sur ces quelques pages ; on apprend à connaître une jeune fille pudique, perdue et un peu secrète, puis l’évolution se fait sentir. Judith devient une femme qui s’assume, qui a réussi à s’éloigner de son univers familial pesant et difficile et à créer de vraies relations avec les siens.
Et puis, ces mots d’amour, ces moments d’amour m’ont beaucoup émue. La rencontre, les premières gênes, l’attachement, la confiance, les lectures que l’on partage, ces moments d’admiration, avoir l’impression d’être au centre du monde et que plus rien ne pourra nous arriver. Tout paraissait si juste que c’en était troublant.
Et puis bien sûr, et comme toujours, l’écriture de Jeanne Benameur m’a retournée : ces phrases courtes, hachées, ce manque de ponctuation permettent de créer un texte d’une douceur et d’une poésie incomparable. Ici, le texte va à l’essentiel. Et même si j’aurais aimé rester encore un peu dans ce cocon, Pas assez pour faire une femme restera un vrai coup de cœur !

Une entente sans mot. Je rêvais d’un amour puissant qui ne se verrait pas. Je ne sais pas pourquoi. Pas de gestes. Pas d’embrassades sous les porches. Juste la main parfois qui se pose sur celle de l’autre et ça dirait tout. Je rêvais. Fort.

Pas assez pour faire une femme,
Jeanne Benameur, 
Babel, 2015

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Otages intimes – Jeanne Benameur

Happé par l’attitude d’une femme, Etienne, photographe de guerre, s’arrête un moment pour immortaliser cet instant. C’est durant cet instant qu’il a été fait prisonnier, pris en otage durant des mois.
Et puis un jour, on le conduit dans un avion. Il est libre, enfin !
S’il est soulagé, Etienne n’en reste pas moins traumatisé de ce qu’il a vécu. Comment se reconstruire après avoir vécu l’humiliation, la faim, l’enfermement, la peur de devenir fou, de perdre l’usage de la parole ? Comment retrouver sa place dans cette société ?
Alors chaque jour, au sein de son village d’enfance, Etienne lutte, tente de se retrouver. Auprès de sa mère Irène et de ses deux amis Enzo et Jofranka, il va trouver refuge et reprendre le cours de sa vie. C’est également l’occasion pour chacun des personnages de se questionner sur leur part d’otage…

J’attends la sortie de chacun des livres de Jeanne Benameur, depuis que j’ai découvert cette auteure. Après un immense coup de cœur pour Profanes, il me semblait impossible de passer à côté de ce dernier opus.
Quel bonheur de retrouver ces phrases hachées, ces mots qui semblent être choisis, réfléchis, cette poésie qui se dégage ! Vraiment, je pense que je ne pourrais jamais me lasser de cette écriture qui me bouleverse, me transporte.
Comme dans chaque ouvrage de l’auteure, les personnages sont si bien décrits, si bien travaillés qu’ils en deviendraient réels… J’ai eu beaucoup d’admiration pour Jofranka, avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerre à témoigner contre ce qu’elles ont vécu. Le personnage d’Irène est lui aussi très touchant par sa pudeur, sa mise au second plan. Il reste néanmoins un personnage important dans la reconstruction d’Etienne.
Si les mots et les personnages m’ont marqués, je dois quand même l’avouer, l’histoire m’a un peu moins transportée que les précédentes fois… L’ouvrage reste assez immobile, presque contemplatif. Pour autant, même s’il ne s’agit pas d’un coup de cœur, je dois bien l’avouer, Otages Intimes a été une lecture magnifique, agréable et douce, qu’on savoure en se posant un bon nombre de questions…

« Enzo et moi on a choisi la paix. Ni militants ni combattants, engagés dans rien. Juste des gens dans un village, qui vivent. Je ne suis pas une combattante mais je fais ce que je peux pour que la beauté arrive au monde. Alors je le fais et du mieux que je peux. »

Les avis de :  Noukette, Jérôme et Framboise.

rentréelogo2015
Challenge 1% Rentrée littéraire chez Hérisson
2/6

Otages Intimes, 
Jeanne Benameur,
Actes Sud, 2015