Glacé – Bernard Minier

« Dans une vallée encaissée des Pyrénées, au petit matin d’une journée glaciale de décembre, les ouvriers d’une centrale hydroélectrique découvrent le corps sans tête d’un cheval, accroché à la falaise.
Ce même jour une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée.
Le commandant Servaz, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier l’enquête la plus étrange de toute sa carrière. »

Après Une putain d’histoire, je ne pouvais pas m’arrêter sur ma lancée. Il faut dire que Bernard Minier avait placé la barre haut, très haute. Glacé suit également ce chemin (bien qu’il ait été écrit avant) : des personnages hauts en couleurs, un suspens incroyable et des rebondissements qui tiennent en haleine le lecteur… De quoi me faire enfin renouer avec la lecture.
Comme je l’évoquais dernièrement, j’ai traversé ces derniers temps une grosse, grosse phase de panne de lecture : je n’avais plus envie de lire, chaque nouveau livre entamé me tombait des mains. Bref. Bernard Minier m’a redonné le goût et l’envie de dévorer… Et c’est tant mieux !

J’ai déjà beaucoup aimé l’ambiance proposée par l’auteur ; l’action se déroule au cœur des Pyrénées dans un petit village dans lequel le temps semble s’être arrêté. Le tout, dans un fond glacial, ponctué de tempêtes et chutes de neige. A cela, s’ajoute des immersions récurrentes dans l’hôpital psychiatrique local au sein duquel les criminels les plus dangereux et les plus violents d’Europe séjournent. Bref, avec tout ça, le décor est planté et l’on sait que le thriller prendra des allures de cauchemars.

A cette ambiance glaciale, s’ajoute un suspens incroyable : à aucun moment, on ne peut soupçonner l’auteur des crimes commis dans la vallée de Saint-Martin. De rebondissements en rebondissements, de pistes en pistes, Bernard Minier mène son lectorat par le bout du nez. En ce sens, impossible de décrocher, difficile de s’ennuyer ! Et puis, il faut bien l’avouer, l’écriture facile d’accès et fluide permet vraiment une lecture sans prise de tête.

Enfin, j’ai vraiment aimé les personnages du roman, du commissaire en charge de l’enquête, aux patients de l’hôpital psychiatrique, aux personnages plus secondaires de l’ouvrage. La longueur du roman permet au lecteur de suivre leur évolution, de bien apprendre à les connaître pour ainsi les apprécier d’autant plus.

Alors clairement, Glacé n’est pas forcément le livre à parcourir avant d’aller se coucher (j’ai eu bien plus que des frissons certaines fois), mais il reste un très bon thriller à découvrir ! Et quelque chose me dit que Bernard Minier est réellement un auteur à suivre.

Vous croyez que mes crimes rendent vos mauvaises actions moins condamnables ? Vos petitesses et vos vices moins hideux ? Vous croyez qu’il y a les meurtriers, les violeurs, les criminels d’un côté et vous de l’autre ? C’est cela qu’il vous faut comprendre : il n’y a pas une membrane étanche qui empêcherait le mal de circuler. Il n’y a pas deux sortes d’humanité. Quand vous mentez à votre femme et à vos enfants, quand vous abandonnez votre vieille mère dans une maison de retraite pour être plus libre de vos mouvements, quand vous vous enrichissez sur le dos des autres, quand vous rechignez à verser une partie de votre salaire à ceux qui n’ont rien, quand vous faites souffrir par égoïsme ou par indifférence, vous vous rapprochez de ce que je suis. Au fond, vous êtes beaucoup plus proches de moi et des autres pensionnaires que vous ne le croyez. C’est une question de degré, pas une question de nature. Notre nature est commune : c’est celle de l’humanité toute entière.

Glacé, 
Bernard Minier, 
Pocket, 2012

Une putain d’histoire – Bernard Minier

Henry, 16 ans, a un passé sombre et intriguant. Adopté par deux mères lesbiennes, il déménage régulièrement et doit mener une existence secrète : aucune photographie ne doit le représenter sur Internet et il n’a pas le droit non plus d’avoir un compte Facebook.
Après s’être finalement implanté depuis quelques années sur Glass Island, une petite île au large de Seattle, Henry a finalement réussi à avoir une vie presque normale : des amis qui l’entourent, deux mères qui l’aiment et une petite amie, Noémie.
Mais un jour, en rentrant du lycée, une violente dispute éclate entre le jeune homme et son amoureuse sur le ferry qui les ramène chez eux. Celle-ci lui annonce qu’elle a décidé de le quitter après avoir pris connaissance de son terrible passé.
Le lendemain, son corps est retrouvé sur la plage, emmailloté dans un filet de pêche. Henry devient le suspect numéro 1.
Afin de prouver son innocence, lui et ses quatre amis décident de mener l’enquête. De mauvaises rencontres, en péripéties, notre club des cinq va-t-il à prouver l’innocence d’Henry ?

Une île boisée au large de Seattle…
« Au commencement est la peur.  La peur de se noyer. La peur des autres, ceux qui me détestent, ceux qui veulent ma peau. Autant vous le dire tout de suite : Ce n’est pas une histoire banale. Ça non. c’est une putain d’histoire.
Ouais, une putain d’histoire… »

Voilà un thriller qu’on a du mal à lâcher, un huis-clos époustouflant, anxiogène…
Même si j’ai eu quelques difficultés à rentrer dans le roman (la présence de deux histoires en une m’a un peu déconcertée), une fois dedans, il devient difficile de lever les yeux de l’ouvrage. Et pour cause, l’auteur nous mène en bateau : de fausses pistes en nouveaux rebondissements, il faudra attendre les toutes dernières pages pour comprendre réellement qui est le meurtrier de Noémie. Et même si la fin est peu rocambolesque et déstabilisante, je dois dire que le scenario reste très réussi !

La construction parfaite des personnages joue également un rôle important dans la réussite de ce roman.
L’auteur arrive avec brio à se mettre dans la peau d’adolescents. Leurs tourmentes, leurs questions, leurs ambitions, leurs peurs, leurs joies sont abordées de manière sensible et réelle. Chaque acteur de l’histoire est décrit plus ou moins profondément, en fonction de son importance dans l’histoire, nous permettant ainsi de mieux les appréhender, les détester ou s’y attacher.
Henry, par exemple, est typiquement le héros auquel on s’attache. Parce que sa peur n’est jamais omise par Bernard Minier, malgré la difficulté des situations qu’il traverse, il devient ce protagoniste vivant, réel et bien ciselé.
Ses deux mamans deviennent elles aussi, au fil des pages, des personnages ambigus, détestables pour finalement devenir ces héroïnes qui auront tout donné à leur fils.  La manière dont l’auteur aborde l’homosexualité, l’adoption est également remarquable ; il traite cela avec évidence, sans jugement et avec beaucoup de simplicité.
Enfin, les Oate, les méchants de l’histoire, sont de vrais tuants. Exécrables, vulgaires et incontestablement fous, ils cumulent tous les défauts possibles et deviennent ainsi ces personnages à éviter, à haïr…

La plume de l’auteur est également agréable à lire ; passant d’une écriture familière à un langage courant, on se prend vite au jeu de cette écriture efficace, réaliste.
Les descriptions de cette petite île sont également intéressantes car le lecteur visualise aisément le cadre de l’histoire : le froid, la mer, la pluie, la bruine, les orques, etc.
Le tout forme à la fois une ambiance angoissante et reposante.

Une putain d’histoire est un réel coup de cœur, un livre bluffant, bien construit et bien pensé !

Une putain d’histoire,
Bernard MINIER
XO Editions, 2015