Journal d’un vampire en pyjama – Mathias Malzieu

« Ce livre est le vaisseau spécial que j’ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes. Une histoire d’amour aussi. Ce journal est un duel de western avec moi-même où je n’ai rien eu à inventer. Si ce n’est le moyen de plonger en apnée dans les profondeurs de mon cœur. »
Mathias Malzieu

A bout de force, Mathias Malzieu, chanteur du groupe Dionysos et écrivain, décide de faire une prise de sang. En pleine sortie du film Jack et la mécanique du cœur, le verdict est sans appel : il est atteint d’une maladie rare ; l’aplasie médulaire. S’en suit alors un quotidien fait de voyages à l’hôpital, de transfusions et de l’attente d’une greffe de moelle osseuse. Cet ouvrage, écrit durant sa maladie, c’est une sorte de journal de bord.

L’univers de Mathias Malzieu, j’en suis tout simplement fan et accro. A chaque sortie d’un nouveau roman, je n’attends pas, je fonce ! J’aime son univers incroyable que je ne retrouve chez aucun autre auteur, sa manière de créer une véritable poésie et d’amener un peu de douceur là où il en manque.
Bref, je me suis précipitée sur Journal d’un vampire en pyjama, mais pour la première fois, je ressors de cette lecture un peu déçue (bon qu’on soit bien d’accord, j’ai quand même aimé assez aimé ce roman malgré tout). Si j’ai retrouvé cet univers poétique à souhait, je n’ai pas eu cette petite touche qui me fait rêver et retomber en enfance. On s’éloigne ici du conte pour adultes pour tomber dans un journal de bord, une sorte d’autobiographie écrite sur an un. On s’approche ici d’un sujet très personnel et grave qui nous touche de près ou de loin. Le combat contre une maladie, l’envie de vivre et la peur.
Malgré la gravité de la situation, l’auteur nous offre un roman plein d’humour et de douceur et ne tombe jamais dans le pathos. Encore une fois, comme dans Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, le roman n’est pas larmoyant. Au contraire, je l’ai trouvé très optimiste et drôle dans la manière dont il est traité. Tout au long du récit, Mathias Malzieu se compare à un vampire contraint de vivre avec le sang des autres pour survivre. Cette métaphore qui nous suit permet d’amoindrir la gravité de la situation.
Il n’oublie pas de nous amener un peu d’amour en nous parlant de sa bien-aimée Rosy : « Rosy, ma boxeuse aux cheveux de sirène est sonnée ». Décidément, ces passages dans lesquels il évoque son amoureuse m’ont bouleversée…
Et puis bien sûr, il y a cette écriture incomparable : plein d’humour, complètement loufoque pourtant tellement poétique…

Même si je n’ai pas été autant transportée qu’avec ses autres romans, j’ai malgré tout aimé retrouver, par petites touches, son univers singulier…

Je remercie la nuit de faire pousser un corps de fée aux bras tendres comme des croissants chauds dans mon lit. Vivre avec Rosy, c’est un peu avoir le droit d’adopter un animal magique. J’ai l’impression d’être les sept nains à la fois et de voir Blanche-Neige transformer la poussière en étincelles. Nuit et jour elle combat à mes côtés. Ecoute. Donne de l’élan. Encourage. Ne baisse jamais la garde. Protège le royaume de mes songes, protège la flamme qui m’anime.

Journal d’un vampire en pyjama, 
Mathias Malzieu, 
Albin Michel, 2016

Les gens dans l’enveloppe – Isabelle Monnin

Isabelle Monnin achète un lot de photographies sur Internet pour une poignée d’euros. Lorsqu’elle reçoit cette grande enveloppe blanche, elle découvre le destin banal d’hommes, de femmes, d’enfants… D’une famille. Quelques clichés jaunis, mal cadrés aux couleurs passées. Des clichés qui auraient pu être présents dans n’importe quelle maison, dans n’importe quelle famille…
Elle décide d’écrire un roman sur ces « Gens dans l’enveloppe ». C’est ainsi que naissent « Laurence », « Mamie Poulet », « Michelle » mais aussi « Serge » et « Simone », des personnages fictifs. Grâce aux clichés, elle invente une vie à ces Gens et détecte assez rapidement l’absence d’une mère. C’est autour de ce thème que tournera la première partie de l’ouvrage. Isabelle Monnin raconte alors le combat d’une enfant pour retrouver sa mère, partie vivre avec son amant révolutionnaire en Argentine.

Au fil des pages, se sont quelques clichés qui accompagnent notre lecture. Des descriptions laissent place à des réflexions d’Isabelle Monnin en tant qu’auteur. L’ouvrage prend alors des allures de carnet de bord, carnet de recherche. Toute cette partie nous aide à prendre conscience de la démarche de l’auteur, à comprendre son cheminement.

Mais l’auteure ne s’arrête pas ici. Les « Gens », comme elle les appelle, ont pris une place bien plus importante qu’elle ne le pensait dans sa vie. Elle décide alors de les rencontrer, d’apprendre à les connaître. Elle quitte alors son costume d’écrivain pour endosser celui de journaliste.
Elle mène alors une véritable enquête afin de retrouver leur village d’origine, et finit par retrouver leurs traces. La rencontre avec les Gens est un moment délicat, mais elle décide de leur explique sa démarche. S’ils sont au premier abord réticents, tous décident de jouer le jeu et de livrer une partie des détails de leur vie.

Cet ouvrage prend finalement fin avec un très beau CD au sein duquel Alex Beaupain interprète des chansons originales en lien avec l’ouvrage…

Au moment de la rentrée littéraire, lorsque j’ai entendu parler de ce roman, je suis immédiatement tombée amoureuse de cette démarche incroyable, folle. Acheter un lot de photographies, en faire une histoire, puis finalement décider de rencontrer ces gens, s’apercevoir de plusieurs similitudes entre la réalité et la fiction, et puis ces gens qui prennent finalement de plus en plus de place… J’ai trouvé la démarche belle et originale.
Si je n’ai pas été particulièrement envoûtée et séduite par la partie fictive de l’œuvre, je suis par contre tombée sous le charme de cette enquête qui en dit long sur les rapports qu’il existe dans une famille lambda. Car cette famille, c’est la vôtre, c’est la mienne, et comme Isabelle Monnin le dit si bien, chaque famille mérite d’être racontée. J’ai aimé voir cette rencontre évoluer, apprécier les liens se tisser, découvrir « pour de vrai » ces personnages de fiction…
J’ai également beaucoup aimé la plume de l’auteure, mélodieuse, poignante.

Un ouvrage hybride à découvrir sans plus attendre.

rentréelogo2015Challenge 1% Rentrée littéraire chez Hérisson
4/6

Les gens dans l’enveloppe,
Isabelle MONNIN,
JC Lattès, 2015

Trompe-la-Mort – Jean-Michel Guenassia

Tom Larch est né d’un père anglais et d’une mère indienne. Il vit à New-Delhi entourés de parents qui travaillent beaucoup mais qui œuvrent pour sa bonne éducation. A l’âge de huit ans, son père trouve un travail à Londres et sa famille est contrainte de quitter l’Inde pour l’Angleterre. Son adaptation est difficile : Tom ne se sent pas bien dans ce nouveau pays, sa couleur de peau dérange parfois. Heureusement, il rencontre d’autres familles indiennes avec qui il peut partager ses coutumes.
Quelques mois après leur installation, sa mère tombe gravement malade. Quant à son père, il s’éloigne de plus en plus, trop préoccupé par son travail et ses responsabilités.
Alors qu’il se rend à un concert avec des amis, Tom surprend son père aux bras d’une autre femme. Une fracture s’ouvre alors… Plus jamais il ne parlera à son père comme avant et quand sa mère mourra de sa maladie, Tom coupera tous les ponts avec lui.
A dix-huit ans, il décide de s’engager dans les Royal Marines. Trompe-la-Mort deviendra son surnom car il survivra aux pires blessures. Un accident attirera l’attention d’une journaliste qui décidera d’en faire un documentaire. Cette médiatisation suscitera l’intérêt d’un homme qui lui proposera une mission en Inde. D’aventures en aventures nous découvrirons plus en profondeur la personnalité de cet homme immortel.

Jean-Michel Guenassia fait aujourd’hui parti de mes incontournables car l’auteur est un véritable conteur qui réussit à coup sûr à me passionner ! Trompe-la-Mort n’a pas dérogé à la règle. Avec un peu moins de 400 pages (qui se tournent très, très vite tant le récit est passionnant), le lecteur se retrouve plongé dans le destin d’un homme de sa naissance à un âge avancé.
Si au début du roman on peut trouver Tom Larch agaçant et violent, sa mission en Inde nous permettra de découvrir sa véritable personnalité : de nature franche et humaine, il ne recherche pas la gloire mais cherche plutôt à faire le bien. En ce sens, on admire autant qu’on aime ce personnage. Son retour aux sources permet d’ailleurs de se questionner sur la culture, sur la manière dont on peut être vu et s’intégrer dans un pays. Toutes ces réflexions sont très actuelles et nous interrogent sur la double nationalité, l’importance de la culture dans le développement personnel.
Mais l’auteur ne s’arrête pas là : en nous proposant de belles descriptions sur l’Inde et ses coutumes, on a très vite l’impression d’y être. La fiction se mélange au réel. Tout est fait pour qu’on y croit, et moi j’y ai tellement cru que j’ai été déçue de quitter ces personnages, de devoir arrêter ma lecture ici. Bref, c’est encore un véritable coup de cœur et j’attends avec impatience de me lancer dans une nouvelle aventure de l’auteur !

Trompe-la-Mort,
Jean-Michel Guenassia,
Albin Michel, 2015

Un parfum d’herbe coupée – Nicolas Delesalle


La grand-mère de Kolia, le narrateur, vient de mourir et son grand-père, atteint d’Alzheimer, ne trouve rien de mieux que de lui dire : « Tout passe, tout casse, tout lasse ». Une phrase qui le traumatisera pendant des années, raison pour laquelle il décide d’écrire cet ouvrage destiné à son arrière-petite-fille fictive, Anna. Il raconte alors ces quelques bouts de vie qui ont marqué son existence dans le but de lui faire connaître ce qu’était la vie de son ancêtre qu’elle ne rencontrera jamais.
Sa mère russe, son père français ; ses amoureuses ; Raspoutine, le berger allemand ; des livres ; des anecdotes ; des rencontres qui vous marquent ; la route des vacances ; quelques voitures.
De chapitres en chapitres, c’est une nouvelle parenthèse qui s’ouvre à divers moments de sa vie, à différents âges…

Si j’étais un peu réticente à entrer dans les souvenirs d’un inconnu qui ont finalement formé une vie, si je ne pensais pas être touchée par ce roman, mes craintes et mes doutes se sont très vite dissipés.
On entre lentement dans un univers doux, nostalgique et magique à la fois, le tout grâce à une plume maîtrisée, fluide et délicate. Un univers qui parle finalement à tous car ces moments de vie peuvent être partagés par chacun d’entre nous : le décès d’un ami, d’un animal de compagnie, les départs en vacances, les premiers amours, ces livres qui ont marqué un temps de notre existence, des émissions de télévision qu’on a aimé.
On termine chaque chapitre un peu nostalgique de cette enfance ou adolescence qui s’éloigne lentement mais aussi optimiste face à l’avenir à construire. J’ai aimé l’alternance de sentiments du roman : ton humoristique, mélancolique ou triste, chaque chapitre nous permet de faire face à un nouveau ressenti sans pour autant sombrer dans le pathos ou la mièvrerie. Chaque petite anecdote est terminée par une chute plus ou moins drôle, plus ou moins légère qui provoque une envie de tourner les pages un peu plus vite.

Un parfum d’herbe coupée est un roman drôle, sensible et nostalgique… Un roman feel-good parfait pour l’été !

Jusque là, je n’étais jamais entré dans une librairie. J’avais peur des librairies comme j’avais peur des livres. A mes yeux, les librairies étaient des temples austères, les libraires des moines érudits et effrayants, il était évident que les libraires avaient lu absolument tous les livres qu’ils vendaient et il m’arrivait de scruter discrètement leur front, que je jugeais toujours bombé, en imaginant combien d’histoires dansaient là-dessous.
Pages 95-96

Un parfum d’herbe coupée, 
Nicolas DELESALLE
Préludes, 2015